Frères et sœurs, nous travaillons en duo dans notre pratique artistique. Chacune de nos recherches est à voir comme une enquête réutilisant les techniques et les outils scientifiques empruntés aux anthropologues, aux archéologues, aux biologistes, aux criminologues…

Ces investigations nous transforment en détectives. Elles nous permettent de mettre en lumière des strates poétiques de l’infiniment petit, de la trace banale, du presque invisible, de la marge et du résiduel, dans un travail pluridisciplinaire :

installation, sculpture, performance, sérigraphie, peinture, photographie, vidéo… 

Nous nous intéressons particulièrement aux recherches de l’anthropologue-ethnologue Claude Lévi-Strauss sur la notion de culture comme territoire et comment elle s’inscrit dans l’espace.

Dans nos enquêtes, nous fouillons, glanons, exhumons et mettons en lumière des gestes décryptant les rouages d’une société sombrant dans la dystopie. Nos pièces donnent à voir un avenir obscur et immergent le spectateur dans un univers à double langage. Entre pessimisme et ironie, nous souhaitons emmener le visiteur à réfléchir à une alternative poétique, politique et sociale de notre monde globalisé.

De 2016 à 2018, nos investigations nous ont mené au cœur de la mondialisation dans l’une des plus grandes mégalopoles du monde à Shanghai (Chine). Nous avons intégré le programme de recherche Offshore « Création et mondialisation » afin d’étudier et de décoder les nouveaux enjeux d’une culture mondialisée. A cette occasion, nous avions proposé des installations performatives selon les stratégies d’enquêtes de la police scientifique, s’inspirant du personnage de Sherlock Holmes.

Nos œuvres sont à lire au sens des nouvelles réorganisations mondiales annonçant et évoquant : 

  ⁃    la globalisation et l’hégémonie du système économique et financier ;

    ⁃    l’intensification des capacités technologiques de communication et du marketing sensoriel ;

    ⁃    la détention et la reconfiguration des modes de diffusion des savoirs par les entreprises, via le numérique et la data ; 

    ⁃    les crises à la fois écologiques et sanitaires ;

Théorisées en partie par le sociologue, historien et économiste Immanuel Wallerstein, ce sont ces définitions de la mondialisation qui guident nos gestes et questionnent notre « système-monde ».

 

Suivant le contexte géographique, politique et social où nous nous trouvons, nos recherches artistiques convergent toujours vers de nouvelles intrigues culturelles contemporaines. 

 

Notre terrain d’investigation nous transporte vers de nouveaux lieux en perpétuelle mutation : une usine délocalisée depuis peu de temps ou en voie de délocalisation, un chantier en démolition ou en « re-construction », une friche urbaine réhabilitée en lieu d’art,  un paysage naturel artificialisé par le tourisme… 

Ces espaces transitoires nous mènent à observer autrement les formes de vie et les activités invisibles qui les habitent. 

Nous travaillons sur des organismes unicellulaires qui prolifèrent dans les ruines, le travail dissimulé et les espaces négligés et inexploités par l’Homme en référence au concept de Tiers-paysage de Gilles Clément. 

 

Récemment et en partenariat avec des parfumeurs et des neuroscientifiques de l’Université Côte d’Azur (France), nous développons et utilisons le parfum et l’odorat comme nouvelles perceptions dans nos travaux. Nous exploitons les stratégies invisibles du marketing sensoriel pour repenser l’histoire de l’art

Nous réutilisons la chimie des matériaux photographiques pour révéler nos propres boîtes noires d’avions que nous employons à chacun de nos voyages, comme les enregistrements et les témoins impalpables des contrôles policiers et douaniers à chacun de nos passages obligés.

 

Nos gestes plastiques traitent également du contrôle dans la constitution des savoirs par les multinationales de la data et des puissances étatiques autoritaires. Nous explorons les interactions des technologies numériques et des traces digitales laissées par les utilisateurs d’internet. Nous questionnons ces données numériques exploitées par le Big Data pour induire dans nos sculptures une posture critique de notre monde. 

Dans notre pratique, nous aimons nous risquer à employer des produits chimiques résiduels récupérés dans la nature, aux abords des villes et des industries. Nous insufflons à ces matières une seconde vie en y apportant un regard critique sur l’environnement. Nous puisons dans un vocabulaire de formes appartenant au domaine de l’industrie pour re-questionner l’histoire de l’art et l’industrie culturelle dans nos œuvres.

 

Attentifs à un monde contemporain global, nous observons, exhumons, et exposons des bribes d’objets et des rebuts industriels du XXIème siècle issus de nos fouilles qui, une fois muséifiés, deviennent les nouveaux témoins de notre société contemporaine mondialisée.  

Ces vestiges ou créations fictionnelles attestent d’un monde qui s’effrite ou se renouvelle pour le meilleur ou pour le pire.  

 

Notre duo cherche à accentuer et aiguiser notre regard pour révéler et détecter les micro-signaux faibles du devenir de notre société. Nous tendons à rendre visible cet espace inframince pour créer de nouveaux réservoirs à fictions et de nouvelles spéculations contemporaines. 

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